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Le Message religieux d'Elvis

par Emmanuel-Yves Monin

Le Message religieux d'ElvisSeize années de pèlerinage à Graceland auprès de sa tombe dans le Jardin des Méditations ...
Des récits de miracles, de guérisons, d'apparitions répertoriés dans « Elvis after Life » de R.A. MOODY, ou égrenés au cours des rencontres dans les lieux de souvenir et d'adoration du King (dits fan-clubs) du monde entier ...

Une Messe spéciale en Août à Memphis où le Père JOHN MC ARTUR (« FATHER ELVIS »), prenant Elvis comme modèle, dégage les grandes lignes de l'art de vivre chrétiennement « pour atteindre le ciel » ...

Les graffitis – ex-votos - sur le mur de Graceland : « Elvis ta mémoire nous inspire tous ; Elvis vit et dirige ; Dieu bénisse le jour où je t'ai rencontré ; Repose en paix au Paradis ; j'ai vu la Lumière ; Elvis vit dans nos cœurs »...

* LE CULTE :

Le fait est évident : nous assistons à la naissance d'un nouveau culte, non pas seulement « new-age » comme voudrait le voir Ted HARRISON (Elvis people. The Cult of the King), mais naturel, universel, car basé sur les valeurs humaines de fond qui rassemblent tous les êtres humains à la recherche du mieux-être : « Amour, réconfort et force, unité », résume l'Elvis Country Fan-Club.

Un nouveau culte : pas une nouvelle religion ! « Saint Elvis » (VALETTI) ne fait que rappeler la Religion chrétienne : « Il n'y a qu'un seul Roi, c'est le Christ » ; « Tu ne prononceras pas le nom du Seigneur en vain » ; « J'obéis aux dix Commandements au maximum de mes possibilités », transcrivent, de lui, Elvis, ses amis biographes (M. COCKE, M. MANN, etc).

* LA RELIGION :

Non Elvis n'est pas un hérétique ! Son existence n'est pas un encouragement à la perversion comme voulaient l'accréditer les ligues soi-disant bien-pensantes ! Est-ce attenter à la « dignité du mâle » de danser rythmiquement et sensuellement (cité par E. DUNDY) ? Est-il pervers de chanter, d'imposer les mains pour tenter de guérir autrui, de s'enfermer pour méditer, « d'étudier toutes les religions », d'en découvrir l'unité fondamentale, de distribuer des cadeaux prodigieux à ses amis comme à des inconnus et de gagner beaucoup d'argent pour cela ..., et de vivre largement, pleinement pour honorer la Création ?

Non ! C'est vivre dans la joie des premiers chrétiens, à l'époque où l'on dansait dans les églises, et où l'on bâtissait, décorait de gigantesques cathédrales ...

Qui est touché par ce modèle qu'incarne Elvis Presley ? Les millions d'êtres humains déçus, dégoûtés, effrayés par les philosophies « démoralisantes », les morales castratrices, les religions non incarnées et leurs prophètes malsains, tristes ou hystériques, mal dans leur peau, incapables de transmettre l'amour qu'ils prônent ou de vivre heureux. « Nettoyez votre propre cour de derrière », chante Elvis à tous les vaniteux de la « Soul Saving Army » qui tonitruent : « Je suis sauvé » !

Il rappelle, il incarne la Religion au sens complet du terme : Relation avec Dieu (« Je crois en Dieu, Père tout puissant ») ; Relation avec Dieu en soi c'est-à-dire le Christ, l'Oint du Seigneur (« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ; « Qui adhère à moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ») ; Relation avec autrui dans et par l'Amour de ce Soi divin ( la vraie Charité décrite par Saint Jérôme et le « Aimez-vous les uns les autres »).

Religion d'Amour universel par excellence, tels que les premiers chrétiens la souhaitaient, certes, mais également religion d'introversion, d'introspection et religion d'ordre, de cérémonies nombreuses et bien... orchestrées : bouddhique et hébraïque respectivement, pourrait-on dire, au vu et au su de la statue du Bouddha installée dans Graceland, des lectures d'Elvis, de l'atmosphère spirituelle des années 60, de ses bijoux symboliques, de son origine ethnique, « un peu de sang juif » (A. FORTAS), « chiroquee » (Ed PARKER) ; mais n'est-elle pas ouverte également au monde spirituel des Indiens (grâce à son illumination devant la montagne sacrée des Hopis ?), des Aztèques (vêtement de scène), aux mystères des soucoupes volantes, d'Atlantis, à l'astrologie, à la science des lettres et des chiffres ? (Voir L. GELLER. If I can dream). Très new-age en ce sens ...

* LE MESSAGE EXOTERIQUE :

Mais Elvis n'est pas un de ces prêtres sclérosés dans les obsessions de sa liturgie, de sa doctrine, de sa secte ! Non ! C'est « un héros en action » (M. MANN), un ami ouvert à tout et à tous par le cœur dans la conscience de sa fonction : « Dieu m'a utilisé pour transmettre le message en utilisant le langage universel de la musique » (cité dans If I can dream ») ; et ce, surtout après son illumination, puis lors des débuts de sa maladie : « Une tournée de Gospels ... Je veux donner gratuitement mon temps et mon chant pour faire Son travail » (cité par M. MANN).

Un homme aussi bien physique, pratiquant les arts martiaux, « prenant soin du travail », qu'affectif, père de famille, bon fils, « décent » (E. SULLIVAN), d'une « attention tendrement amoureuse » : TCB et TLC de ses symboles pour le monde !

« Un gentleman et un homme doux » (M.J.COCKE) en même temps qu'un « divin messager » (A. FORTAS) ...

La religion qu'il retransmet est donc bien orthodoxe et bien officielle : ne continue-t-il pas l'œuvre du prêtre de son église, le Révérend FRANCK SMITH, qui jouait également de la guitare ? N'a-t-on pas édifié la chapelle qu'il souhaitait à Tupelo ? Mais c'est de plus une religion ouverte, par son modèle, à l'incarnation des valeurs qu'elle proclame et dans toutes les formes de manifestation humaine qu'un Dieu unique déploie sur terre ; et, là encore, il poursuit l'œuvre de Larry GELLER (« Il l'appelait son gourou », écrit A. FORTAS) ...

A Memphis, « Father Elvis » a dégagé l'apport du modèle spirituel d'Elvis, ce dont tous les fans de ce dernier sont pleinement conscients :

« Lui ressembler : être soi-même pour atteindre le ciel ... S'exprimer, oser être différent, malgré les ragots, les diffamations ; maintenir, comme lui, l'esprit d'acceptation des autres et l'esprit de partage dans ce monde où tous les êtres appartiennent à Dieu ... Maintenir vivante la vie d'Elvis ... »

Nous dirons, nous : Elvis Presley a réveillé le Rythme et le Chant...

Le Rythme, c'est la Vie, la Joie de danser son existence sans se sentir coupable d'être différent des  gens « normaux », c'est-à-dire des êtres plus ou moins coincés, égocentriques, schizophrènes dans leur prétention à la sagesse, dans leur crainte du qu'en-dira-t-on, de l'enfer, dans leur soumission à des idéaux destructeurs de la planète, de la convivialité, de la beauté, de l'harmonie, à des gourous hargneux, avares, vivant petitement, incapables de danser et de chanter la joie de vivre, d'aimer, incapables d'exprimer leurs émotions de tendresse ...

Telle est, dit Elvis « la spiritualité réelle, pas la façon dont l'église en parle, avec le feu de l'enfer, la damnation, et en utilisant la peur » (cité par L. GELLER).

Le Chant, c'est l'art de parler, de courtiser, d'avoir conscience de l'autre et de le lui prouver, sans haine, sans jalousie ...

Montre-moi comment tu chantes et danses, comment tu parles et te meus dans l'existence ... et je te dirai qui tu es !

* UNE AIDE :

Qui n'ose se manifester de lui-même a enfin, par Elvis Presley, un alibi, une bénédiction : en s'habillant comme lui, en chantant comme lui (gestes et sonorités), l'Energie de Vie peut s'emparer de son corps et le revivifier ; c'est le prodige exposé par NICOLAS CAGE dans son film Wild at Heart(1990) : le héros, découvrant sa VOIE, chante Love me Tender avec la VOIX d'Elvis !

Ainsi est redonnée également la conscience du corps, de son « cadre » (du vêtement à l'habitation) dans le respect de ceux-ci et dans le respect d'autrui à qui on les expose.

Qui ne sait plus « à quel saint se vouer » ( !) a enfin, par Elvis, un culte à sa portée, des prières-mantras (chansons) à répéter avec l'Energie de Vie qui convient, des objets-reliques-souvenirs pour son Autel, son Recentrement, sa Méditation, qui calment, réconfortent, dynamisent... et ouvrent ensuite aux autres, simplement, sentimentalement, naturellement ...

Qui ne sait plus que croire, dans un monde où les prêcheurs n'ont souvent plus de réponses adéquates aux questions et utilisables pour l'équilibre de l'être et de sa planète, a enfin, grâce à Elvis et les chansons que « ses amis ont écrites pour qu'il les chante » (Pieces of my Life), un message ésotérique, c'est-à-dire un enseignement pour atteindre à des états supérieurs, pour dépasser ce « nuage ; trop plein de pluie, de monde, troublé par la douleur » (If I can Dream).

* LE MESSAGE ESOTERIQUE

C'est une doctrine simple, véridique, « toujours utile et réaliste » (M. MANN), chaleureuse, universelle, reliant les êtres entre eux au-delà des religions, des philosophies, des nationalités et des races (blanche et noire surtout !), reliant chacun au plus pur, plus vivant, plus cordial, plus intelligent de soi-même : hors des familles étroites, mesquines et matérialistes, dans la grande Famille des Humains vivants !

Nous avons rassemblé (nos conférences sur le Message des chansons d'Elvis pour en faire un livre, car c'est l'éternelle Doctrine des « Fidèles d'Amour », transmise par les Troubadours du Moyen Age jusqu'à nos jours, en passant par Dante et les poètes du XIIIe siècle : hors de l'égocentrisme du « Solitaire, mort dans son silence », dans le devoir civique (« Il doit y avoir la paix et la compréhension », dit If I can Dream), hors de l'Art intellectuel, pseudo-élitiste, compétitif, froid et vain, dans une existence artistiquement vécue pour la Joie de tous, la Jeunesse, la Courtoisie, les Vertus, l'Amélioration, l'Amour ...

C'est un ensemble de vérités qui touche chaque être humain qui veut bien écouter : « leur vie était une chanson d'Elvis », explique R. CAREY. L'existence d'Elvis expose, comme celle du Christ et comme celle de tout être « sain » qui veut bien observer la succession des étapes « initiatiques » de la Vie, avec les miracles, l'aide accordée aux « amis de Dieu », c'est-à-dire aux chercheurs de vérité, avec les trahisons des Judas, les chutes, les crachats, la mise en croix par les « gardiens autoproclamés de la moralité » (M. MANN), l'exploitation du Talent, la lutte de l'Esprit contre la Matière, la Solitude, la Maladie et l'Eternité du Message d'Amour et de Vérité.

C'est pour cela qu'il « ramena à Dieu tant de gens ou amena un changement pour leur mieux-être » (T. HARRISON) ; par les aventures de son existence, des légendes en devenir, par ses dits, rapportés par ses amis et connaissances dans des livres ou dans des réunions à Memphis, par les coïncidences numériques, les signes symboliques de Langue des Oiseaux épinglés çà et là, l'hypothèse de sa fonction d'« avatar » se renforce sans cesse ...

Il est intéressant de voir que le monde en était resté à une image romantique de l'existence et de la religion. Parfois une bulle de vitalité explosait : un « original » arrivait pour dire « vous dormez » et les « rêves deviennent cendres » (Without Love) ; ainsi George Sand présentant, au XIXe siècle, comme Elvis, l'émancipation sensuelle, sociale, intellectuelle, se différenciant par le vêtement, les relations ... Mêmes persécutions, diffamations ... Même éternité du Message (cf notre G. Sand, Troubadour de l'Eternelle Vérité) ...

Mais il manquait alors l'expression de base, païenne, primitive, animale, inhérente à tous les êtres humains : le rythme du pulsif de Vie. Au romantique « tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté » (Baudelaire), Elvis Presley ajoute « manifestation solaire » ; et seule la culture d'un peuple de pionniers pouvait le permettre, car ils avaient vécu, eux, dans leur corps, récemment, la foi dans l'action, le dur constat des réalités humaines, du rêve américain aux méfaits du Puritanisme et à la Dépression, la conscience du mythe de la Terre Promise et l'impossible réalisation du Paradis sur terre.

Les compositeurs de ballades et de blues composaient avec leurs tripes, pas seulement avec leur tête : témoins entiers et directs qui touchent par la vérité de leur expérience et de leurs découvertes. Le Message d'Elvis, par les chansons qu'il transmet, est de sagesse « populaire » : il prône l'acceptation, la patience pour ne pas sombrer dans la nostalgie, la dépression de la solitude (« Les choses sont écrites » ... « C'est drôle comme les choses passent » ...  « Je ne peux pas m'empêcher de ... ») ; mais l'action (« Je ne fuis pas ») dans la conscience de la relativité des résultats (« Problèmes, j'arrive » ; « Le diable sans lequel je ne veux pas vivre »).

La pensée positive, toujours (« N'aies pas l'air si triste », « Réjouis-toi !  Vis dans le soleil ! », « J'aime ce que je vois ») ... même si avec l'aide de substituts momentanés (« Débarrassons-nous mutuellement de notre démangeaison », « Chantons, prions ensemble ») ...

La perception de la responsabilité personnelle, au-delà des larmoiements défaitistes, est omniprésente (et les films en témoignent également !) : « On peut faire le matin si on essaye » ... « Aussi longtemps qu'un homme a la force de rêver, il peut racheter son âme » ...

Oui ! « Vous êtes l'étoile du plus grand spectacle de la Terre » et « seuls les forts survivent » : alors « vivez la vie que vous aimez », « n'attendez jamais jusqu'à demain », car « demain n'arrive jamais ».

Ainsi seulement peut être maintenu l'espoir en une « terre meilleure », où, « dans la paix et la compréhension », « nous marcherons main dans la main ». « Tout est mort, sauf l'amour : c'est ma croyance » ... Mais « la route vers l'amour est pleine de pancartes ' Danger ' » : c'est donc sur ce « Chemin » qu'Elvis Presley est éternellement présent ; il nous prévient : « pour rencontrer celui qui recherche les mêmes rêves que lui » il faut «  prier », c'est-à-dire cesser de vous obséder à vouloir « vous élever dans le monde » ; « prions ensemble » (pas de sclérose !) : « vous trouverez sûrement le chemin » et « nous comprendrons tout petit à petit »...

Avec l'aide de Dieu et de Jésus : Elvis insiste : ... car « sans Lui  je dériverais comme un bateau sans voile » !

« Elvis, tu es un Pont au-dessus des eaux », pouvait-on lire, paraphrase d'une de ses chansons, au milieu des fleurs d'un ex-voto de Graceland...

Ce « pont », c'est toute la culture d'un peuple de pionniers, d'êtres simples vivant des événements basiques, amour, haine, mort, espoir, désenchantements, sans grandes théories physiques ou méta-physiques ; avec un bon sens primitif qui jongle entre puritanisme chrétien et égocentrisme païen.

Par l'intermédiaire de maints poètes et compositeurs, Elvis Presley sût transmettre un Message de Vie... qui ne pût que toucher profondément, et touche encore aujourd'hui, tous les êtres humains de la Planète !...

EMMANUEL-YVES MONIN

(Diplômé de littératures française et anglo-américaine)